Il y a des artistes pour lesquels il est impossible de dater précisément la date de "notre" rencontre. Serge Gainsbourg en fait partie. J'entends ses chansons depuis que je suis toute petite, peut-être même déjà dans le ventre de ma mère. Et j'ai toujours eu le sentiment d'aimer Gainsbourg : ses mots qui glissent sur les notes, ses sons qui ricochent sur la langue et qui tapent délicatement le palais.
Je crois que mes préférences vont à "La javanaise", "L'eau à la bouche", "Initials B.B", "Elisa", "Requiem pour un con" ou encore "Sous le soleil exactement", mais seulement chantée par Anna Karina. Mais de toute façon, choisir une chanson de Gainsbourg est aussi facile que choisir une seule pâtisserie dans un délicieux salon de thé. Impossible, c'est ça.
Il y a exactement une semaine, je suis allée avec une amie voir pour la première fois la façade de la maison de Serge Gainsbourg. Depuis que je vis à Paris, je ne m'y étais encore jamais rendue. Sans véritable raison, l'occasion ne s'était pas réellement présentée. Et puis là, il faisait beau, alors on s'est dit qu'un hommage à Serge s'imposait.
J'avais déjà vu de nombreuses fois et dans diverses émissions cette célèbre façade tagguée, mais cela fait pourtant très bizarre de se trouver en face de celle-ci. Certainement parce que je me trouvais devant une maison chargée d'histoires. Et aussi que le simple fait de penser que Serge avait arpenté des centaines voire des milliers de fois le périmètre où je me trouvais me faisait donc tout drôle.
Rares sont les cm² non encore exploités. Du message avec quelques fautes d'orthographe au magnifique dessin, chacun rend hommage à cet artiste depuis des années. Evidemment, j'y suis allée aussi du mien. Je m'amusais également à observer les dates de passage, de sorte qu'on pouvait parfois voir un charmant "Kevin + Sandra = love" datant de 92. Peut-être avaient-ils confondu le mur de la maison avec celui de leur collège. Mais bizarrement, j'ai trouvé cela assez émouvant.
J'ai contemplé longuement ce mur. Et c'est là que j'ai encore plus pris conscience de l'impact que Gainsbourg a eu sur le public. Plus particulièrement sur les nouvelles générations, dont la mienne, qui ne l'ont connu qu'après sa mort. "Je suis venu te dire que je m'en vais" disait-il. Mais le talent, lui, n'est pas parti.

