La vingtaine, c'est un peu la période où on se prend des méchants coups de vieux dans la gueule. Les naissances, les fiançailles, les emménagements. On ne comprend pas bien ce qu'il se passe. Même si on espère doucement que cela nous arrivera un jour. Mais ceux qui sont légèrement en avance, on les regarde d'un air mi-amusé, mi-perplexe.
Une de mes amies d'enfance se marie demain. Et je ne serai pas là pour voir ça. La distance et mon p***** de stage auront eu raison. Je n'ai encore jamais assisté à un mariage. Arrêtez de faire les gros yeux. C'est déjà assez embarrassant de l'avouer, même si bien sûr, je n'y suis pas pour grand chose. Je ne connais pas encore la joie de côtoyer des beaufs au buffet, de me taper des toasts chiants, de médire sur la demoiselle d'honneur qui a voulu se faire plus bonnasse que la mariée. J'aurai l'occasion, un jour.
Mon amie d'enfance ne pouvait pas se marier. Ce n'était pas possible. Il n'y a pas si longtemps, on jouait au cheval dans la cour de récréation. Elle adorait et adore toujours autant l'équitation. Elle ne peut pas se marier. Pas maintenant. On est des enfants. Des petites filles qui portent des souliers vernis. Je vous laisse, maman m'attend. Elle m'a préparé mon goûter.
Non, je ne suis pas dans le déni. Simplement, je prends encore plus conscience dans ces moments-là que le temps glisse entre nos doigts. Il mène une course effrénée. Pourtant, j'étais habituée à galoper en jouant "au cheval" pendant plusieurs années. Rien à faire. Je me suis cassée la gueule dans l'herbe.
Mayabé, comme je t'appelle depuis des années. Ça me désole de ne pas être là. Ça me rend triste de ne pas te voir dans ta robe meringue. Toi, en robe. Rien que pour ça, ça valait le détour. Oui, ça me rend triste de ne pas être là, à tes côtés, à ceux de Caro. Pas tout le monde peut se vanter de se connaître depuis la maternelle. Nous, oui.
En espérant que "ton" jour ne se passera pas comme dans le lien vidéo ci-dessous.
Bon mariage, ma Mayabé.