jeudi 7 juillet 2011

Hic et nunc.


La plus belle personne, c'est ma mère. Une force incroyable. J'aimerai pouvoir en dire autant de moi-même. Mais je n'ai pas hérité de cela. Ma mère m'a confié qu'elle n'a pas toujours su se créer une carapace. Plus jeune, elle était comme moi. Elle prenait les choses trop à coeur. Puis, les évènements de la vie ont fait qu'elle a appris à se protéger. Beaucoup admirent apparemment cette force. Toujours optimiste. La chose est d'autant plus réussie qu'elle n'a pas effacé pour autant sa sensibilité. Pas du tout. Elle s'émeut de grands et de petits riens. Elle a trouvé le point parfait de cet équilibre qui reste instable pour moi à l'heure qu'il est.

Apprend-moi, maman. Toi qui es sous mes yeux avec tes grandes ailes protectrices. Apprend-moi à être forte, à ne pas me laisser autant submerger par mes émotions, à ne pas être autant à fleur de peau.

J'ai toujours pensé que je serai perdue sans elle. Sa présence m'est plus qu'indispensable : elle m'est vitale. Le capitaine qui évite que son navire ne parte à la dérive. Cela semblera assez pathétique pour certains de se reposer autant sur quelqu'un. Je m'en fous. Si je n'étais pas à place, j'envierai probablement la personne ayant une relation aussi fusionnelle avec sa mère. Mais là n'est pas la question. Apprend-moi. Je n'étais pas comme ça, avant. Je ne m'en rappelle pas, du moins. Que s'est-il passé ? Ai-je été traumatisée par quelqu'un ou par quelque chose ? Peut-être. Je ne cherche plus la raison, mais bel et bien la solution.

Une goutte de pluie qui glisse délicatement mais sûrement sur la vitre, sans jamais oublier qu'elle va néanmoins crever au bout de sa course.
Tu vois, j'aimerai être comme elle, j'aimerai être comme ça, j'aimerai être comme toi.


mardi 14 juin 2011

Maman, j'ai (bien failli) rater l'avion.


Sérieux, si tu souhaites te rendre à Orly en taxi, il faudrait peut-être envisager la solution du poney.

Je m'explique. Tout a commencé un beau matin (nuageux), c'est-à-dire ce matin, en proche banlieue parisienne. Une corse exilée, la frange gonflée par son shampoing de la veille, était toute excitée de prendre l'avion à 9h20 précisément pour retourner sur son île, afin de souhaiter l'anniversaire de sa maman chérie. Levée à 7h, elle prévoit d'appeler tranquillement les taxis vers 7h45.
Même qu'elle l'a déjà fait une dizaine de fois. Même que ça s'est toujours très bien passé.

Appel aux taxis, dont je ne citerai pas le nom, mais qui sont bleus. "Votre temps d'attente ne dépassera pas les cinq minutes." Mon iPhone et moi n'avons sûrement pas les mêmes notions temporelles qu'eux. Sept minutes. Huit minutes. Personne. Dilemme cornélien : Raccrocher et appeler une autre compagnie de taxis ? Attendre à nouveau que ce p***** de répondeur cesse enfin et qu'une âme charitable daigne enfin me répondre ?
Je raccroche. Taxi G7 : on me demande de composer le code postal sur mon téléphone. Je m'exécute. On m'indique dans la foulée qu'aucun taxi n'est disponible dans ce secteur.

Huit heures passées. Mon stress est à son paroxysme, avec une tension minimum de 19, j'en suis sûre. L'homme est dépassé par les évènements. Il décide d'appeler lui aussi les taxis qui sont tous bleus. Mais il n'a pas forcément plus de succès. Et puis, il aimerait bien que la girl ferme un peu sa gueule. Chouiner ne fera pas venir le taxi plus vite. Elle le sait bien, mais la panique est plus forte que tout.

Néanmoins, la girl s'accroche. Elle tente un ultime geste, le geste de ceux qui n'ont plus rien à perdre. Elle décide de rappeler les taxis qui n'ont a priori pas changé de couleur. "Votre temps d'attente ne dépassera pas les six minutes." Cette fois, te fous pas de moi, t'as intérêt à me passer quelqu'un.

Deux ou trois minutes supplémentaires défilent (logiquement). Une voix féminine non robotisée décroche enfin. Il s'avère que ce fut celle d'une pauvre dinde, mais ça, la girl ne le soupçonnait pas encore. Aussi heureuse que si j'avais trouvé des neurones dans la tête de Lio, je m'empresse de demander mon foutu taxi et de donner l'adresse. Toutefois, je précise bien que l'adresse exacte n'est pas accessible pour des voitures. Je ne manque donc pas de donner de plus amples détails sur l'endroit précis où pourra se garer le taxi, c'est-à-dire un croisement. Madame la future Dinde note. Puis, le répondeur s'enclenche. C'est normal. Il précise que la réservation a bien été enregistrée et ne doit pas tarder à donner le modèle de véhicule, ainsi que son temps d'arrivée estimé.
Sauf que dix minutes passent. Et toujours rien.

Je finis par descendre au fameux croisement. Le répondeur tourne toujours en boucle. Pas de taxi à l'horizon. Etant donné que j'étais partie sur une superbe lancée de guigne, j'ai présagé direct que le taxi ne viendrait pas. Huit heures et quart bien sonnées. P***** de taxi de m****.
Miracle, il y en a un qui passe sur la voie rapide. Je fais de grands gestes. Plus de place à la fierté, seul le miracle d'arriver à Orly en moins de quarante-cinq minutes compte. Et là, comme par hasard, le répondeur des taxis bleutés s'arrête après un quart d'heure d'attente. Voix de la dinde, et feinte du jour :
"Je n'ai pas trouvé avec votre adresse."
MAIS MA MAIN DANS TA GUEULE, OUI.

Je prends en otage le taxi trouvé par hasard. Il est libre. Alors que la dinde m'annonce qu'une Skoda de couleur blanche est (enfin) censée arriver dans 7 à 8 minutes, je lui annonce en retour que j'ai trouvé un taxi plus rapidement. Sauf que là, Robert (oui, appelons ainsi ce chauffeur qui était au demeurant jeune et athlétique) fait une troisième annonce battant à plates coutures les deux précédentes :
"Mais attention, je ne vais que dans Paris."

Est-ce utile de vous dire... que j'ai voulu alors stopper l'annulation de mon premier taxi par téléphone en beuglant un "Noooooooooooooon, attendez !!!!" à mon interlocutrice, mais que cette dernière s'est révélée être une dinde doublée d'une pu-te, car bien qu'ayant parfaitement entendu mon cri de désespoir, elle continua en disant rapidement "Votre taxi a bien été annulé, merciaurevoir", puis raccrocha dans la seconde qui suivit ? (Traduction du légèrement moins poli : "T'as voulu annuler, pauvre conne ? Même si c'est ma faute car j'ai bien merdé ? Bah ouais, mais je me suis vexée, demmerdes-toi maintenant, niark niark niark, comme je suis diabolique, mlklkhhjfsdfdglkmgh.").
Oui, non, je vous le dis ? Bah voilà.

Et là les gars, on laisse tomber sa fierté, son ego, sa dignité, ou que sais-je encore. On se met à poil au sens figuré. Si on est une fifille (tiens donc, je me sens un peu concernée), on joue à fond la carte de la petite chose perdue avec sa valise et paniquée à l'idée de louper son avion. On chouine, on fait les yeux du chat dans Shrek, on pense très fort Actor's studio, on s'agenouille en plein milieu de la voie rapide s'il le faut.
Robert accepte malgré tout. Il précise bien durant tout le chemin - c'est-à-dire au milieu des charmants bouchons - qu'il ne pourra sûrement pas aller jusqu'à Orly, que ce n'est pas parce qu'il ne veut pas mais parce qu'il ne peut pas, qu'il était censé finir à 7h, qu'il loue sa licence, que ce n'est pas son propre taxi, etc, etc. Je sais, Robert. J'entends bien, tu n'es pas un mauvais garçon. Après lui avoir fait un bref résumé de mes malheurs matinaux, je lui pose des questions bateaux. Depuis combien de temps fait-il le taxi, est-ce que cela lui plaît. Robert ne voulait même pas que je le paye, ou alors la moitié de sa course. Robert est cool.

Neuf heures moins le quart. (Oui, j'ai toujours l'avion à 9h20). Porte d'Orléans. Robert m'annonce gravement qu'il ne pourra vraiment pas me déposer à Orly et qu'il va le faire là, de suite, maintenant. "Mais je ne vous lâche pas en pleine nature hein, je vous dépose à un autre taxi." "Mais... s'il n'y a pas d'autre taxi, Robert ?" (Evidemment, le Robert était dans ma tête). "Bah au moins, je vous aurais rapproché...".
Certes. C'est un point de vue.

Au feu rouge, un taxi attend. Robert me demande de sortir et de bien vouloir lui demander si je peux permuter avec. Je m'exécute. Il est libre et peut dépasser le périphérique, LUI.
Adieu Robert, bonjour Bruce. Un gars très sympa. Je raconte à nouveau ma formidable épopée et lui explique que je suis censée arriver à l'aéroport à 9h grand maximum. Bien qu'ayant conscience de la difficulté de la mission demandée, Bruce se montre plutôt optimiste. Il releva le défi, et haut la main. Heureusement pour moi, la distance temporelle entre la Porte d'Orléans et ce foutu aéroport n'était que de 10 minutes environ.

8h58 : sol Orlyesque enfin foulé. Timing parfait. Merci Bruce, Dieu te le rendra.




mardi 7 juin 2011

Like a virgin, touched for the very first time, like a virgin, when your heart beats, next to mine, oooh oooh oooh.

Yes, she is.

Mélanie Laurent.

J'aimerais bien coucher avec un réalisateur pour avoir le premier rôle. J'aimerais bien coucher avec un musicien pour qu'il me crée un album sur mesure. J'aimerais bien coucher avec Jude Law parce qu'il a l'oeil qui frise sur le dancefloor d'une boite cannoise. J'aimerais bien coucher avec Gilles Jacob pour être la maîtresse de cérémonie d'un festival de cinéma (veuillez rayer la mention inutile).
Petite poupée qui fait la moue et se dandine sans vergogne. Embrassez qui vous voudrez. Cet adage n'est pas tombé dans l'oreille d'une sourde.
On ne peut pas dire que la gent féminine t'apprécie. Ou alors, à coups de pelles et de parpaings. L'espèce masculine est, quant à elle, plus attendrie. Sûrement à cause de ton minois et de tes courbes (inexistantes). Rassure-toi Mélanie, je vais bien, ne t'en fais pas. Tu peux pavaner encore longtemps. Je me console en me disant qu'il faudrait aussi abattre Ludivine Sagnier (entre autres) pour que mon espèce vital soit parfaitement sain.
Le bâtard pas très glorieux, c'était peut-être toi, alors. Non, tu n'as pas le charisme d'un grille-pain défectueux. C'est juste que ta révolte rageuse face à des nazis est aussi puissante qu'une note poussée par Loana en plein Comme je t'aime (tu l'avais oubliée, celle-là). Je n'irai pas jusqu'à dire que tu es l'élément principal participant au ratage du film. Bon allez, peut-être.
Les médias sont tous des méchants. Ils n'ont pas aimé ton album, et puis ils collent toujours des étiquettes. Pfffft, tous des blaireaux. Mais tu t'en fous, tu fais dans quelques jours Le concert à la Cigale après un seul cd. Pas tout le monde ne peut se vanter de ça, notamment les musiciens qui galèrent depuis des années pour faire écouter leur maquette dans une maison de disques.
Oh, j'avoue, elle était un peu facile. Tu n'as pas le monopole de la justice. C'est comme si quelqu'un me reprochait d'avoir un toit sur la tête, alors que des centaines de SDF crèvent dehors au même moment.
Il y a peut-être trop de fiel qui dégouline sur tes cheveux fins et blonds.
Je t'offre un parpaing, pour la peine.

vendredi 15 avril 2011

Billet sponsorisé par une marque de guimauve.


La vingtaine, c'est un peu la période où on se prend des méchants coups de vieux dans la gueule. Les naissances, les fiançailles, les emménagements. On ne comprend pas bien ce qu'il se passe. Même si on espère doucement que cela nous arrivera un jour. Mais ceux qui sont légèrement en avance, on les regarde d'un air mi-amusé, mi-perplexe.

Une de mes amies d'enfance se marie demain. Et je ne serai pas là pour voir ça. La distance et mon p***** de stage auront eu raison. Je n'ai encore jamais assisté à un mariage. Arrêtez de faire les gros yeux. C'est déjà assez embarrassant de l'avouer, même si bien sûr, je n'y suis pas pour grand chose. Je ne connais pas encore la joie de côtoyer des beaufs au buffet, de me taper des toasts chiants, de médire sur la demoiselle d'honneur qui a voulu se faire plus bonnasse que la mariée. J'aurai l'occasion, un jour.

Mon amie d'enfance ne pouvait pas se marier. Ce n'était pas possible. Il n'y a pas si longtemps, on jouait au cheval dans la cour de récréation. Elle adorait et adore toujours autant l'équitation. Elle ne peut pas se marier. Pas maintenant. On est des enfants. Des petites filles qui portent des souliers vernis. Je vous laisse, maman m'attend. Elle m'a préparé mon goûter.

Non, je ne suis pas dans le déni. Simplement, je prends encore plus conscience dans ces moments-là que le temps glisse entre nos doigts. Il mène une course effrénée. Pourtant, j'étais habituée à galoper en jouant "au cheval" pendant plusieurs années. Rien à faire. Je me suis cassée la gueule dans l'herbe.

Mayabé, comme je t'appelle depuis des années. Ça me désole de ne pas être là. Ça me rend triste de ne pas te voir dans ta robe meringue. Toi, en robe. Rien que pour ça, ça valait le détour. Oui, ça me rend triste de ne pas être là, à tes côtés, à ceux de Caro. Pas tout le monde peut se vanter de se connaître depuis la maternelle. Nous, oui.


En espérant que "ton" jour ne se passera pas comme dans le lien vidéo ci-dessous.
Bon mariage, ma Mayabé.

mercredi 9 mars 2011

Sous les pavés, ta gueule.

Photo prise au jardin des Tuileries.

C'est marrant, j'ai souvent imaginé que je ne mourrai pas vieille. En fait non, ça n'est pas très marrant. Certes, je me suis déjà vue plusieurs fois en mamie gâteau. Mais une mamie moderne, ça va de soi. Le genre à réussir un cake au chocolat, mais à ne louper sous aucun prétexte son cours de yoga. Mi-gaga, mi-bobo.
Mais la plupart du temps, je crois bien que je n'arrivais et je n'arrive toujours pas à me projeter au-delà de la cinquantaine. Comme si je n'arrivais pas à mettre des rides sur mon visage. Je n'aimerai pas mourir vieille si c'est pour finir en légume. Qui aimerait, d'un autre côté. Dans l'idéal, ce serait plongée dans un profond sommeil, ou mieux, dans un éclat de rire. Ou fauchée en plein vol. Une mort sèche, sans souffrance, sans agonie, sans attendre la mort avec une fausse et horrible patience, coincée dans une maison de retraite.
Oui, d'un coup. Bam.

Mais avant de connaître "comment-vais-je-mourir", cela serait bien de savoir "comment-mieux-vivre". Etre moins angoissé(e), moins à fleur de peau. Ou savoir mieux gérer tout ça. Car ça bouffe, ça détruit. Les crampes au ventre, le rythme cardiaque qui s'accélère quelque peu, les crises de larmes incontrôlables. Une mort lente mais certaine, en quelque sorte. Pernicieuse, fourbe, te plongeant dans une agonie silencieuse. Vu que tu songeais à une mort directe, on peut dire que c'est plutôt con.

De toute manière, je crois qu'il est temps d'aller dormir.

lundi 14 février 2011

Last night, she said.


J'ai toujours eu un problème avec le temps. D'ailleurs, je crois que je pourrais lui donner sans souci une majuscule, tant il est central dans ma vie. Ceci est absurde, le Temps est important pour chacun d'entre nous. Tout se fait par rapport à lui. La vie n'est qu'une succession de secondes, de souffles, d’évènements qui ne sont logiquement rattachables qu'avec et que par rapport au Temps.

J'ai toujours eu un problème avec le temps, parce que je n'ai jamais su le saisir, le mesurer, l'apprivoiser. J'ai toujours quelques minutes de retard lors de mes rendez-vous. Ou alors, j'arrive trop en avance. J'anticipe toujours les choses. Même (et surtout) celles qui n'arriveront probablement jamais. Je vis parfois, non pas dans le passé, mais avec la nostalgie. Un problème avec le Temps, mais surtout un problème avec le Présent. Il fuit avant même que je n'ai fini d'écrire cette phrase. Insaisissable et fourbe. Pas étonnant que je ne puisse pas l'attraper, moi, ni même vous.

Vivre dans le présent, ne serait-ce pas une belle utopie voire une belle connerie ? Je me le demande. Il n'existe plus dans la seconde d'après. Un autre présent commence, et ceci est sans fin. Peut-être qu'inconsciemment, je tente d'échapper à ce piège en le feintant. Alors, j'anticipe, je recule, je me projette, je fais des bonds en arrière. Mais ça n'est pas forcément une bonne solution, bien au contraire.

Peut-être que vivre dans le présent n'est après tout non pas une absurdité, mais un défi véritable et réel. Je ne songe même pas au carpe diem, expression tellement galvaudée qu'elle ne veut à force plus trop dire grand chose. Mais simplement ne pas penser que ce sera mieux ou pire après. Ne pas penser que le présent est au final peu de chose, car ce que l'on a au présent est acquis. Profiter, et mesurer son importance.

Juste saisir le (T)(t)emps et en mesurer véritablement son importance. Majuscule ou non.